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APPRENTISSAGE DE TAMAZIGHT

APPRENTISSAGE DE TAMAZIGHT

De la bande dessinée à l’expérience audiovisuelle

« La BD animée doublée : outil pédagogique pour l’apprentissage de Tamazight. Cas de la BD Yeza de Nada Dagdoug » est l’intitulé d’une rencontre organisée, le vendredi 2 octobre dans le cadre du programme du 18e FIBDA. Au cours de cette conférence, modérée par Jaoudet Gassouma, l’autrice de bande dessinée tunisienne, Nada Dagdoug, et l’artiste pluridisciplinaire algérien Omar Sahli ont présenté un projet original autour de la BD et de l’apprentissage du tamazight, né grâce à la rencontre de ces deux créateurs au FIBDA, et qui vise à explorer les possibilités offertes par la bande dessinée comme outil pédagogique, avec des déclinaisons numériques et sonores.

Nada Dagdoug, qui travaille notamment sur la BD en langue amazighe, a expliqué que son œuvre « Yeza », créée en 2025, avait initialement été pensée pour des enfants à partir de neuf ans, qui commencent à lire, en français ou en arabe. À travers les aventures de son personnage, l’autrice aborde plusieurs problématiques auxquelles les enfants sont confrontés dans leur quotidien ou dans le cadre scolaire. L’écologie, la préservation de l’eau, les énergies renouvelables, la gestion des déchets, mais aussi des sujets sociétaux comme l’immigration et la question des réfugiés sont ainsi intégrés à l’univers de la BD.

Du papier à l’écran

Pour Nada Dagdoug, l’objectif est d’en faire « un outil pédagogique », a-t-elle souligné, et ce, afin de permettre aux enfants de découvrir une langue et une culture à travers une histoire, des personnages et des situations qui leur sont accessibles. Le travail mené avec Omar Sahli ouvre désormais une nouvelle étape. À partir de quatre planches de la bande dessinée « Yeza », les deux artistes ont développé une adaptation animée et sonore destinée notamment aux enfants plus jeunes, y compris ceux qui ne savent pas encore lire. Le principe consiste à transformer les planches originales en une expérience audiovisuelle mêlant animation, voix, musique et bruitages. Cette forme s’apparente à ce que l’on appelle communément le « comic motion » ou la bande dessinée animée.

Apprendre par le corps, le jeu et le théâtre

Le projet entend également intégrer le mouvement et le jeu dans l’apprentissage. Les enfants pourraient ainsi être amenés à écouter, mimer les scènes, jouer les personnages, chanter et participer à des ateliers autour de la bande dessinée. « On va non seulement faire du théâtre, montrer la BD, écouter, mimer, rajouter des bulles, faire bouger son corps, et en plus apprendre une chanson qu’il a créée », a expliqué l’artiste. La musique occupe en effet une place importante dans cette démarche. Le personnage de Yeza possédait déjà une chanson tunisienne dans le premier tome, tandis qu’une nouvelle chanson, intitulée « Yeza Tena », a été composée dans le cadre de cette collaboration. Elle doit pouvoir être utilisée comme support dans les ateliers destinés aux enfants. L’ambition est notamment de développer de petites capsules vidéo pouvant être diffusées sur Internet et utilisées dans les écoles ou les ateliers pédagogiques. « On voudrait il y ait plusieurs petites vidéos qui introduisent toute cette BD », a précisé l’artiste.

Faire entendre la BD

Omar Sahli a, de son côté, expliqué que la collaboration était née d’échanges à distance et d’une réflexion commune sur la manière de faire évoluer la bande dessinée vers d’autres formes de narration. « Le commencement, c’est juste la chanson », a-t-il raconté. Les premières expérimentations ont ensuite porté sur quatre pages de la bande dessinée, envoyées par courrier électronique afin de commencer le travail à distance. Pour lui, cette démarche est également liée à un souvenir d’enfance. Lorsqu’il lisait des bandes dessinées, il avait l’habitude d’imaginer spontanément des voix pour les personnages. De ce souvenir est née l’idée de recréer une atmosphère sonore permettant de « faire écouter » une bande dessinée. La méthode s’inspire notamment du théâtre radiophonique, auquel sont ajoutés de la musique et des bruitages. Chaque élément graphique devient ainsi susceptible d’être traduit dans le langage sonore. « Chaque graphisme est un langage », a expliqué Omar Sahli. L’adaptation implique également un travail de recomposition visuelle. Les cases, les bulles et les différents éléments graphiques sont découpés puis réassemblés afin de créer des transitions entre les scènes. L’artiste parle à ce propos de « réarrangement graphique », consistant à introduire de nouveaux éléments et à adapter les images au rythme de la narration.

La musique et le son comme leviers pédagogiques

Cette approche s’accompagne d’un véritable travail musical. Omar Sahli explique avoir voulu créer une identité sonore propre aux personnages et aux différentes situations. La musique peut ainsi changer d’arrangement selon le contexte, tout en conservant une même identité mélodique. « La musique est un langage », a-t-il rappelé, soulignant que le même thème peut être interprété de différentes manières selon la situation. Dans le cas de « Yeza », la chanson du premier tome peut ainsi exister sous plusieurs arrangements, notamment avec des instruments différents ou au piano. Cette dimension sonore constitue, selon lui, l’une des particularités de la démarche. Il a évoqué également la notion d’« identité musicale » attachée aux personnages, une idée qui rappelle le principe du leitmotiv utilisé dans la musique, notamment au cinéma. Les artistes souhaitent construire un véritable outil d’apprentissage faisant appel à plusieurs sens : la vue, l’écoute, le mouvement et la participation collective. La question de la diffusion a également été abordée lors de la rencontre. Une première réalisation est déjà disponible sur YouTube et le projet a également été présenté dans des écoles dans le cadre d’ateliers. Cette expérience pourrait donc se poursuivre avec de nouvelles capsules et de nouvelles adaptations. La bande dessinée « Yeza » devient ainsi un point de départ vers une expérience plus large, à la croisée de l’image, du son, de la musique et de la pédagogie, avec l’ambition de donner aux enfants le goût de la lecture tout en les familiarisant avec la langue et la culture amazighes.